Hausse modérée de la charge sur le travail

En 2009 et 2010, le coût salarial par heure prestée augmentera un peu plus (0,3 %) dans les trois grands pays voisins (Allemagne, France, Pays-Bas) qu’en Belgique. C’est un léger rattrapage du dérapage (3,6 %) subi entre 2005 et 2008.

L’évolution des salaires du secteur privé est encadrée, en Belgique, par les accords interprofessionnels bisannuels conclus au « Groupe des Dix » (FEB, UCM, Unizo, Agrofront face aux syndicats). De 1988 à 1996, les employeurs se sont trouvés dans un rapport de force défavorable et ont dû lâcher trop de lest. En huit ans, ils ont consenti 8 % d’augmentation en plus que dans les pays voisins et principaux concurrents.

C’est une perte sèche de compétitivité, qui ne peut être compensée par d’autres facteurs comme l’innovation, et qui s’est donc traduite en perte sèche d’emplois. Pour arrêter l’hémorragie, le gouvernement a adopté en 1996 une « loi sur la compétitivité ». Elle contraint les partenaires sociaux à ne pas augmenter la charge sur le travail salarié davantage que la moyenne des trois grands pays voisins. Le Conseil central de l’économie (CCE) est chargé de la surveillance technique du respect de la loi.

De 1996 à 2005, bon an mal an, il n’y a pas eu de dérapage. Ont suivi trois années noires, où un handicap de 3,6 % s’est creusé. L’accord interprofessionnel 2009-2010 a serré les boulons. La liaison des salaires à l’index a été garantie mais, au-delà, les augmentations ont été plafonnées à 125 € net cette année et 250 € net l’an prochain, non cumulables et réversibles. Elles ont généralement été accordées par les employeurs sous forme de titres-repas, éco-chèques…

Liaison à l’index

Cette augmentation modérée, forfaitaire et en net permet, selon le rapport annuel du CCE, un rattrapage de 0,3 % par rapport à la France, l’Allemagne et les Pays-Bas. Un élément majeur pour apprécier ces évolutions est la liaison automatique des salaires à l’indice des prix à la consommation, qui n’existe qu’en Belgique. Dans les trois autres pays, en cas d’inflation, il faut négocier un alignement et ce n’est ni immédiat, ni tout cuit. Cela signifie que lorsque l’inflation accélère, comme en 2007 et 2008, les salaires suivent plus vite le mouvement en Belgique. À l’inverse, quand l’inflation stagne comme en 2009, un petit rattrapage est possible.

Dans un an, quand il faudra négocier l’accord interprofessionnel 2011-2012, les représentants des employeurs auront donc le devoir d’être très prudents. D’une part, le handicap salarial est loin d’être résorbé. Il reste de 3,3 % par rapport à 1996. D’autre part, si l’inflation repart avec la croissance, le principe de la liaison des salaires à l’index – tabou syndical quasi absolu – fait peser un risque sur les entreprises belges et l’emploi. La négociation sera difficile… comme c’est le cas tous les deux ans.

Autres chiffres…

La comparaison des salaires est le point politiquement le plus sensible du rapport annuel du Conseil central de l’économie (CCE), mais celui-ci couvre un champ beaucoup plus large. Il indique, au-delà du handicap salarial, une dégradation de la position compétitive globale des entreprises belges, dont la valeur ajoutée croît trop lentement et qui perdent des parts de marché. C’est une sérieuse interpellation aux gouvernements et aux partenaires sociaux. Innovation, dynamisme, goût du risque ou esprit d’entreprendre sont à la traîne. Les freins des charges et obligations sont trop serrés.

En revanche, le rapport du CCE indique que l’effort des employeurs pour la formation des salariés est solide. Malgré la crise, les entreprises y ont investi 1,5 milliard d’euros (1,59 % de la masse salariale). Les entreprises de plus de dix personnes ont un objectif de 1,9 % de la masse salariale. Elles arrivent à 1,77 % mais il est certain que le chiffre reste sous-estimé car tous les employeurs ne sont pas encore rodés à bien renseigner dans leur bilan social l’ensemble de leurs actions de formation.

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