La légère reprise s’appuie sur les exportations

La Banque nationale confirme que le pire de la crise économique est passé. La prévision de croissance pour l’année en cours est remontée à 1,3 %. Elle s’appuie surtout sur les exportations. Cela implique de bien maîtriser le coût salarial.

La plupart des pays émergents ont renoué avec une croissance solide. Les États-Unis tablent sur une croissance de 3 %. L’Europe est à la traîne, mais la locomotive allemande est remise sur les rails. Tout cela a un effet positif sur les exportations belges. La balance des paiements (différence entre les produits vendus et achetés) avait plongé dans le rouge en 2008 à – 2,9 % du PIB. Elle redevient positive à + 1,8 %.
Ce sont donc les exportations, pour l’essentiel, qui sont à la base de la croissance prévue cette année. Les investissements des entreprises, dont beaucoup sont en convalescence financière, ont simplement cessé de diminuer. Les ménages restent très prudents, avec une épargne record qui atteint 21 % des revenus, mais en conséquence des dépenses de consommation en très faible augmentation.
Cette morosité interne est liée à une situation de l’emploi qui reste triste. Pendant la crise, les entreprises ont fait le gros dos en faisant le maximum pour éviter les licenciements. La réduction du volume total de travail dans le pays (- 1,8 % l’an dernier) ne s’est heureusement pas traduite directement en pertes d’emplois. Mais cela signifie que l’inversion de tendance ne se traduit pas directement en gains d’emplois. La reprise est nette dans l’intérim, secteur très sensible à la conjoncture. Ailleurs, des postes de travail risquent encore d’être perdus pendant quelques mois. Le nombre de faillites reste élevé, bien évidemment en lien avec la proportion d’indépendants en difficultés de paiement (un sur six !).
Donc, le contexte économique mondial s’éclaircit mais, sur le terrain, les PME wallonnes et bruxelloises sont encore nombreuses à tirer la langue et à ne pas avoir effacé les coups encaissés l’an dernier. Les mesures anticrise, en vigueur jusqu’au 30 septembre, doivent donc être prolongées jusqu’à la fin de l’année. Les entreprises ont encore besoin du chômage économique ; les indépendants ont encore besoin de pouvoir reporter sans sanctions le versement de leurs cotisations sociales.

Accord 2011-2012 en vue

Puisque ce sont les exportations qui sont à la base de la reprise, il est essentiel, sous peine de casser la machine, de ne pas perdre des parts de marché hors frontières. Selon la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), 40 % des grandes entreprises belges estiment ne pas pouvoir profiter pleinement de la reprise mondiale, en premier lieu en raison du handicap du coût salarial.

Une loi de 1996 n’autorise pas le coût salarial belge à croître plus vite que la moyenne des trois grands pays voisins (France, Allemagne, Pays-Bas). Cette loi n’a pas été respectée entre 2005 et 2008, où le handicap historique a été aggravé de 3,6 % ! Le futur gouvernement doit avoir comme priorité d’éviter la répétition d’une telle évolution.
C’est aussi la responsabilité des partenaires sociaux, employeurs et syndicats, qui négocieront à l’automne un accord interprofessionnel 2011-2012 donnant notamment un cadre à l’évolution des salaires. Le précédent accord, 2009-2010, a été sage puisqu’il devrait permettre un petit rattrapage de 0,3 %. De plus, les avantages octroyés (125 euros net la première année, 250 euros net la seconde) sont limités dans le temps.
Mais la Belgique a bénéficié d’une inflation subitement nulle, voire négative, pendant la crise. La spécificité de la liaison automatique des salaires à l’indice des prix a, pour une fois, joué dans le bon sens. C’est une situation exceptionnelle qui ne doit pas cacher les risques liés à une reprise de l’inflation.

Un défi de 22 milliards

Sous l’effet de la crise, la dette des pouvoirs publics belges est repartie à la hausse. Elle dépassait les 130 % du PIB (richesse nationale produite en une année) en 1993. Elle a baissé jusqu’à 84 % en 2007. Elle flirte à nouveau avec les 100 %, soit 335 milliards d’euros. Ce serait une catastrophe si les particuliers, eux, n’avaient pas une épargne considérable, bien supérieure à ce montant. La capacité de remboursement est donc là.
Il est néanmoins impératif de retrouver l’équilibre budgétaire en 2015, chante la Banque nationale sur tous les tons. Cela implique de trouver 22 milliards d’euros, en recettes en plus ou en dépenses en moins. Les prélèvements des pouvoirs publics, en tout cas sur le travail, atteignent déjà des sommets en Belgique. La voie des recettes en plus est donc étroite. En revanche, qu’il y ait des dépenses évitables paraît évident. Mais la campagne électorale n’était vraiment pas le bon moment pour les pointer du doigt…
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