Le médiateur, un sauveteur d’entreprise

Un an après l’instauration du service de médiation de crédit, le Centre de connaissances du financement des PME (Cefip) dresse un bilan et compare la situation belge à celle de la France, créatrice du concept.

La France a été la première à proposer la mesure aux entreprises ; la Belgique a suivi. Dans le contexte de la crise financière et de la crainte de « credit crunch », le gouvernement fédéral a confié la mise en place d’un service de médiation de crédit au Centre de connaissances du financement des PME (Cefip), et plus particulièrement à Chris Dauw, l’actuel médiateur. Après un an d’expérience, le Cefip a tenu, dans le cadre d’un colloque, à faire le point croisé avec la France sur le succès de la mesure et sur les pistes à dégager pour l’avenir.

Un succès conforté par les chiffres…

Que ce soit en Belgique ou en France, les constats sont similaires : la mesure est un succès et a permis de répondre au besoin des entreprises. Les chiffres le confirment. En Belgique, si après un mois, le médiateur du crédit se voyait confier 36 dossiers, après un an, 285 dossiers sont entre ses mains. Première conclusion de Chris Dauw : « C’est un signe qu’il y avait un problème urgent et qu’il perdure, puisque le nombre de dossiers augmente. » Les secteurs les plus concernés sont le commerce (30 % des dossiers) et la construction (14 %). Quant aux montants en jeu, le niveau moyen des encours traités est de 306.850 €, et le niveau médian de 75.000 €. La connaissance des entrepreneurs est malheureusement encre trop faible puisque seuls 30 % d’entre eux connaissent le service de médiation de crédit. Par contre, côté concrétisation des dossiers, il s’agit d’un franc succès puisque 70 % des cas reçus en médiation de crédit ont donné lieu à une solution.
En France, les constats sont identiques (ce qui démontre bien que la médiation de crédit peut être considérée comme une réponse qui dépasse les frontières suite à la crise mondiale) : sur 21.382 dossiers présentés en un an, 14.831 ont abouti à une solution (soit 69 %). 80 % des entreprises concernées occupent moins de 10 travailleurs. Le principal problème est la trésorerie. Selon Henri Jullien, médiateur délégué, directeur du réseau de la Banque de France, « l’important est également la sortie de crise : il faudra aborder la problématique des fonds propres, nouer des partenariats avec les fonds d’investissement pour travailler plus rapidement et restaurer un dialogue entre les banques et les entreprises. »

Une bonne pratique à recommander au niveau international

Suite à ce bilan sur les expériences nationales, deux experts internationaux se sont succédé pour donner leur avis : Sergio Arzeni, directeur au Centre pour l’entrepreneuriat, les PME et le développement local de l’OCDE et Jean-Noël Durvy, directeur de la Politique d’innovation à la DG Entreprises et Industrie de la Commission européenne.
Pour Sergio Arzeni, c’est très clair, la médiation de crédit constitue une bonne pratique, et cela pour cinq raisons. L’objectif premier des réponses qui devaient être données à la crise était de sauvegarder des emplois. Grâce à la médiation de crédit, près de 200.000 emplois ont ainsi été sauvegardés en France, et près de 2.000 en Belgique.
Ensuite, cette mesure permet de restaurer la confiance entre les banques, les entreprises et l’État car « sans confiance, pas d’entrepreneuriat, pas d’innovation, pas de croissance. » Or, on le sait, l’impopularité des banquiers était un phénomène préoccupant. Troisièmement, il était important de proposer une mesure qui permette de sortir de la logique de standardisation et d’apprécier la situation de chaque entreprise au cas par cas. Quatrièmement, il fallait, dans ce climat de méfiance, rapprocher les structures d’accompagnement des entreprises et des banques. Enfin, les résultats parlent d’eux-mêmes. Cette mesure répond à une attente tant des entreprises que des banques, puisque le succès est au rendez-vous.
Selon une enquête de la Commission européenne, les conditions d’octroi de prêt se sont alourdies et les banques sont plus frileuses. Certes, Jean-Noël Durvy a rappelé que les règles bancaires de Bâle II ont obligé les banques à couvrir leurs actifs. La Commission européenne promeut différents services tels que Jeremie (Ressources européennes communes pour les PME), Cap recherche et Capital compétitivité-innovation. Selon la Commission européenne, chaque euro dépensé par elle permet aux entreprises d’emprunter 50 €. Néanmoins, les chefs d’entreprise eux-mêmes doivent faire un travail pour être mieux à même de convaincre les banques de leur stratégie financière.
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