Le problème des retraites est soluble… avec du courage politique

Coordinateur de la Conférence des pensions, Michel Jadot prépare les pistes de réforme qu’il doit présenter avant les vacances. Il y aura des décisions douloureuses à prendre…

Invité au CESRW (le conseil qui réunit les partenaires sociaux wallons), le cornac de la réforme des pensions a commencé par râler ! La crise politique le fait enrager. « Il faut prendre des mesures pour assurer le financement d’une retraite digne pour chacun. Plus on attend, plus ce sera difficile. Et ce dossier qui intéresse chaque Belge et qui pèse 35 milliards d’euros par an risque est gelé pour une question de frontières. Y aura-t-il un gouvernement à l’été pour recevoir les suggestions de réforme et traiter de la place des aînés dans la société ? Oui, si Dieu intervient, puisqu’il est seul habilité à faire des miracles. »
Pour Michel Jadot, financer les retraites suppose de revenir à l’équilibre budgétaire. C’est prévu pour 2015. Cela implique un effort structurel et récurrent de 17 milliards d’euros, à partager entre le fédéral et les entités fédérées. Selon quelle clé ? Beau sujet de tension en vue ! Il ajoute : « Je ne crois pas qu’on pourra tout faire en recettes ou en dépenses. Il faudra un peu des deux. Ça va faire mal ! »
Il faut aussi équilibrer la sécurité sociale. Elle est en déficit structurel et la crise n’arrange rien. « De plus, on l’utilise comme outil économique en baissant les charges et en activant les allocations de chômage. Les exonérations se multiplient : titres-repas, voitures de société, éco-chèques, équipement informatique… Il n’y a pas d’autre choix que de trouver des sources de financement autres que le travail : revenus mobiliers, immobiliers… »
En troisième lieu, il faut relever le taux d’activité des aînés. « On est loin des 65 ans théoriques, explique Jadot. Les carrières commencent plus tard et s’achèvent vers 60 ans, avec une espérance de vie moyenne, en hausse, de 21 ans encore pour les hommes, 25,5 ans pour les femmes. C’est intenable. Allonger la carrière de trois ans est un programme ambitieux, mais indispensable. » Un bon outil est pour lui le bonus de pension, une meilleure valorisation des années travaillées au-delà de 60 ans.

Liberté de travailler

Harmoniser les trois régimes (fonctionnaires, indépendants, salariés) serait si complexe que ce n’est pas envisageable à moyen terme. Mais Jadot pose la question des années assimilées pour les salariés. Les périodes de chômage, d’invalidité ou de prépension sont valorisées pour la pension. Ces assimilations représentent 27 % des droits que se constituent les salariés. C’est une proportion qui interpelle… Michel Jadot soulève aussi le point du travail autorisé après 65 ans. Pour lui, il est clair que la limitation actuelle est un non-sens.
Pour les pensions complémentaires, la route à suivre est claire : « Le débat sur la concurrence entre le premier pilier légal et le second pilier est dépassé. Vingt-sept commissions paritaires ont développé des assurances de groupe. La concertation sociale doit aller dans le sens d’une généralisation. »
Enfin, il y a le problème du montant des pensions, en dessous de la moyenne européenne… « Attention, dit Jadot, ce n’est pas le seul critère pour juger du bien-être des retraités. L’accès aux soins de santé ou à un logement est aussi important. Les Régions et Communautés ont beaucoup à faire pour assurer la mobilité, des services d’aide à domicile, un accès au sport, à la culture, à la vie associative… »
Le problème des retraites et du vieillissement est-il soluble ? « Oui, mais il ne faut pas traîner pour lancer une réforme de longue haleine. Elle sera difficile et j’espère qu’on dépassera sur ce sujet les clivages politiques. L’enjeu est de préserver un modèle social qui a de grands mérites. N’oublions jamais que, dans le monde, 50 % des hommes et des femmes n’ont droit à aucune pension. »
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