Une étude poussée de la situation en Wallonie

« Il y a des milliers de chômeurs et pas un seul ne répond à mes attentes. » Beaucoup de chefs de PME ont déjà posé ce triste constat. Le Forem s’est penché sur la question et sort quelques explications décapantes…

Qu’est-ce qui ne fonctionne pas entre les demandeurs d’emploi et les chefs d’entreprise ? Au terme d’une longue enquête de terrain (voir encadré), le Forem relève un certain nombre de problèmes. Le premier est celui des « aptitudes socio-relationnelles ». L’évolution des métiers fait que, pour occuper un poste de travail en 2010, il ne suffit pas d’avoir les compétences techniques ou professionnelles suffisantes. Il faut aussi une capacité à s’adapter, à suivre les instructions, à respecter son patron et ses collègues, à être au service des clients. L’horeca par exemple n’a pas besoin de robots mais d’employés « sbam » (sourire, bonjour, au revoir, merci). Les employés TIC de plus ou moins haut niveau ne doivent pas seulement maîtriser l’informatique et les innovations techniques, mais aussi pouvoir simplement écouter le client et comprendre ses attentes.

Beaucoup d’employeurs sont insatisfaits des candidats parce que ceux-ci n’ont pas une capacité minimale d’intégration sociale dans l’entreprise. La difficulté, pour un service de placement comme le Forem, est que cette capacité ne s’enseigne pas. Elle s’acquiert sur le tas. Il y a donc un cercle vicieux qui apparaît clairement dans la construction, où le besoin en main-d’œuvre est considérable. Chaque année, 15 % des ouvriers quittent le secteur. « Ils ne se sont pas adaptés », expliquent les employeurs. « J’étais marginalisé et je n’apprenais rien », se justifient les sortants…

Malgré les discours…

L’étude du Forem constate que, « entre enseignement et entreprises, la dérive des continents s’accélère. » En dehors de l’alternance, qui donne de bons résultats mais ne se développe guère, le constat est affligeant. Les filières techniques et professionnelles, dont on ne cesse de plaider la revalorisation, sont de plus en plus en décalage avec le marché du travail. Les employeurs considèrent que la formation initiale n’est pas de leur ressort et l’enseignement suit donc sa logique de lenteur, de suivi de programmes et d’obligations en tous genres.

Le diplôme des électromécaniciens, par exemple, garantit des compétences jugées « totalement insuffisantes » par tous les employeurs potentiels. Dans la restauration, le système scolaire ne tient pas compte des contraintes économiques et réglementaires (Afsca). Le divorce est profond au-delà même des métiers techniques. Un test sur 93 comptables frais émoulus a indiqué que quatre d’entre eux étaient réellement opérationnels ! De plus, le problème de l’adéquation entre les besoins du marché du travail et le choix des études fait par les jeunes ne s’arrange pas. Les salles de classes pour ingénieurs, informaticiens, comptables, couvreurs, peintres, mécaniciens, chauffagistes, menuisiers… restent désespérément sous-peuplées.

Les métiers changent

La qualification professionnelle est d’autant plus difficile à fournir aux demandeurs d’emploi que « les frontières des métiers se brouillent. » Les entreprises, en particulier les PME, cherchent des personnes polyvalentes. Beaucoup de fonctions « simples » supposent de pouvoir envoyer un mail, de comprendre une facture. Dans le commerce de proximité, les vendeurs doivent avoir des connaissances techniques pour conseiller la clientèle. Un assureur doit comprendre le métier de ses clients. Sans compter les « vraies » hybridations comme les couvreurs amenés à placer des panneaux solaires ou photovoltaïques et à en assurer la plomberie, le circuit électrique…

En même temps, l’époque est au partage du travail, non plus au sein d’une grande entreprise, mais entre plusieurs petites entreprises, en collaboration ou en sous-traitance. Cela met les employeurs sous pression. Il faut aller vite, sans droit à l’erreur, avec des marges réduites. Il reste peu de temps pour la formation de terrain.
D’autant moins que les « bons » salariés sont devenus moins fiables. Selon l’étude du Forem, parmi les salariés, il y a de plus en plus de « nomades collaboratifs ». Il s’agit de personnes très compétentes dans des secteurs en pénurie, qui se comportent pratiquement comme des indépendants. Elles sont très peu absentes, se forment elles-mêmes, s’impliquent dans l’entreprise qui les emploie et en deviennent acteurs, mais ne s’y sentent nullement liées. Elles ont des carrières atypiques, sautant d’un poste à l’autre au gré des opportunités et de leurs envies. Elles compliquent quelque part la vie des employeurs !

Pistes de solutions

Il n’y a évidemment pas de solution miracle au problème de l’employabilité des chômeurs. C’est un problème de société qui demanderait une panoplie de réponses de société. Le Forem insiste toutefois sur le fait que les petites et très petites entreprises peuvent améliorer la situation en développant « une gestion RH des primo-arrivants ». C’est un barbarisme pour dire simplement qu’il y a tout intérêt à bien s’occuper des jeunes embauchés, à bien leur expliquer leur tâche, ce qu’on attend d’eux, et si possible à leur permettre d’apprendre et de progresser.

« On n’a pas que ça à faire ! » D’accord, répond le Forem, qui demande par ailleurs aux autorités de mieux épauler les PME dans leur accès aux TIC (internet…), dans leur gestion financière et dans la gestion des risques environnementaux. Ce sont des domaines où une délégation est possible. La prise en charge d’un nouvel arrivant dans une petite entreprise est une responsabilité exclusive du patron…

Deloitte coache les jeunes entrepreneurs
Trente jours pour payer